Trop. Trop de fumée, soudain ; trop de flammes qui embrasent la quasi totalité de l’édifice. Trop d’affolement du côté de ces petites fourmis rouges qui s’affairent avec des tuyaux qui semblent ridiculement trop petits.

Trop d’émotion. Visages en pleurs, mains jointes, accablement horrifié, des gens sur place, de ceux qui assistent devant leur écran à l’effondrement de la flèche. Et ceux qui filment, comme d’habitude. Effondrement comme d’un château de cartes.

 Trop de fric déversé sur les ruines encore fumantes à restaurer – les bons sentiments n’empêchent pas les bonnes affaires.

 Trop de récupérations politiques. De la part de ceux qui cultivent encore la nostalgie d’une Europe chrétienne.  De ceux qui croient que Dieu punit notre société qui l’a bien oublié. De ceux qui déversent leur haine de tout ce qui est religieux et qui se réjouissent  de voir disparaître une église. De ceux qui espèrent, en vain, que la reconstruction de Notre-Dame pourra servir de grand projet à des politiques en panne d’imagination.

 Trop de bêtises des commentateurs qui ignorent tout de l’histoire, et de celle de Notre-Dame en particulier, et qui mélangent allègrement art roman et art gothique, Viollet-le-Duc et Pierre de Montreuil.

 Trop de polémiques autour de la restauration : reconstruire à l’identique ? Ou oser « un geste architectural » audacieux ?

 A qui ces « trop » profitent-ils ? A Victor Hugo – ou au moins aux libraires qui peuvent se refaire un peu de trésorerie en vendant des piles de Notre-Dame de Paris – et c’est toujours ça de pris.  Aux petits marchands du temple qui écoulent leurs stocks de cathédrales en pacotille et de tee-shirts confectionnés à la hâte auprès de touristes éplorés ? Le grand perdant est Claudel : qui s’est soucié de savoir dans quel état était le pilier derrière lequel il raconte avoir été touché par la grâce ? Personne à ma connaissance.

 

 Trop, c’est trop.

  Et l’on oublie que les symboles, qu’ils soient religieux ou laïcs, nationaux ou internationaux, culturels ou sentimentaux, ont la vie dure et tel Phénix renaissent de leurs cendres.

  Et l’on oublie que l’Eglise est faite de pierres vivantes, c’est-à-dire d’hommes, plus que de moellons, de poutres et de poutrelles.

   Et l’on oublie ces hommes, ces femmes, jeunes ou âgés, croyants ou athées, qui venaient trouver, en ces lieux, en dépit des touristes, en dépit de la pompe liturgique, le silence.

 

PR

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