En France, certains tenants d’un islam dit « radical » prétendent dicter les comportements. Ici ou là s’installe une chape de plomb dont les premières victimes sont… musulmanes. De plus en plus de fidèles dénoncent un état de fait dont ils entendent se libérer.

Il a fallu plusieurs semaines à Sofiane(1), 15 ans, pour oser résister. En seconde dans un lycée public d’un quartier de Montpellier, il est croyant mais peu pratiquant. Depuis peu, il voit ses copains embrasser de nouvelles pratiques religieuses. En 2016, pendant le ramadan, il se sent obligé de se cacher pour manger pendant la journée. « Ils m’ont assuré qu’ils faisaient le ramadan depuis l’âge de 8 ans, mais je ne les ai jamais vus le faire », raconte l’adolescent. Soutenu par son père, il s’est décidé à leur avouer qu’il ne le faisait pas. A ceux qui se sont étonnés, il a rétorqué, sûr de lui, que c’était « entre Dieu et (lui) ». « Les garçons jeûnent, les filles se voilent en sortant des cours… Ce ne sont pas les parents mais les jeunes qui ont changé », constate-t-il.

« La première génération regardait vers le bled, la seconde vers la République, la troisième, elle, est dans une quête identitaire, analyse l’islamologue Rachid Benzine. La pression du groupe s’exprime désormais par le biais du religieux. » Pour l’ancien-mufti de Marseille, Soheib Bencheikh, « c’est devenu un phénomène de mode lié à la bravoure, à l’idée d’être fidèle à ses origines. »

« Vous pouvez vous promener en minijupe et manger un sandwich au jambon pendant le ramadan, il ne vous arrivera rien !, affirme Nadia Benmissi. En revanche, si vous êtes d’apparence maghrébine, vous aurez des problèmes. Ce sont les musulmans que les salafistes veulent soumettre. Mais aujourd’hui, les Maghrébins se réveillent. » Pour Nadia Remadna, fondatrice de la Brigade des mères, à Sevran (Seine-Saint-Denis) en 2014, « s’il s’agissait simplement de lutter contre les ‘ barbus ‘ dans les mosquées, ce serait plus simple, mais on ne sait pas qui mène la danse dans les quartiers. Ce sont surtout des jeunes qui mettent la pression. »

Le 18 décembre 2016, plusieurs associations et collectifs se sont unis contre ce « rouleau compresseur », comme l’appelle Nadia Benmissi. Un premier pas pour « montrer qu’on existe », martèle Nadia Redmana, qui travaille à la mise en place d’un réseau de réflexion axé sur « la prise de conscience » du danger de l’islam radical.

 

(1)  Le prénom a été modifié

 

RN

René Nouailhat, docteur ès lettres, historien et pédagogue, a créé et dirigé l’Institut de formation pour l’étude et l’enseignement des religions. Il a enseigné au centre universitaire catholique de Dijon.

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