Les programmes d’histoire, de l’école au lycée, donnent lieu à l’élaboration de manuels dont les contenus ne sont pas toujours de nature à former les élèves à l’intelligence des religions. Le fait de ramener par principe les religions à leurs origines est déjà, au point de départ, source d’erreurs.

Ces origines en effet ont été réécrites par les traditions qui les ont reconstituées beaucoup plus tard. Comment parler des « origines du christianisme » au temps de Jésus qui n’était pas chrétien, mais juif, prédicateur juif auprès d’autres juifs ? Le christianisme, comme système organisé, est beaucoup plus tardif s’il relève des structures impériales et ne se constitue comme tel qu’aux IIIème et IVème siècles. De même pour l’Islam par rapport à Mohammed, qu’il était bien difficile d’identifier dans l’ensemble des courants du judaïsme hétérodoxe et des diverses « hérésies » ou mouvements réformateurs au sein du christianisme.

Le plus curieux est que la présentation de ces religions reste essentiellement religieuse, conforme à ce que chacune de ces religions dit d’elle-même, selon ses traditions apologétiques. Les trois monothéismes ne bénéficient d’aucune étude comparée qui permettrait de voir leurs filiations et leurs emprunts. Ils sont exposés séparément, et cette séparation est accentuée par le fait que, pour l’Islam, Dieu ne soit désigné que dans son vocable arabe « Allah ». On ne dit pourtant pas que les chrétiens anglais adorent « God » ou les allemands « Gott ». La langue est ici utilisée comme marqueur identitaire qui sépare les deux rives de la Méditerranée. Si l’on entend l’histoire comme la présentation des documents resitués dans leur contexte, et l’étude de leurs conditions de production et de transmission, force est de constater que les chapitres sur l’Islam notamment n’ont rien d’historique : aucune question sur la constitution du Coran, ses sources, ses influences, ses réécritures et ses diverses interprétations. La présentation reste confessionnelle, ce qui est pour le moins paradoxal dans le cadre des programmes de l’école de la République.

Un tel enseignement n’est finalement pas laïque. Il est révélateur des « territoires perdus de la République » et du développement des communautarismes dans la vie scolaire. L’enseignement de l’Islam est un exemple particulièrement sensible, aux conséquences fort dommageables. Comme les autres traditions et convictions, il serait indispensable, pour une meilleure connaissance des croyants ou incroyants, que cette religion puisse bénéficier de ce qu’apportent les différentes disciplines scolaires, et notamment l’histoire, pour contribuer à la formation de l’esprit critique et à la liberté de penser.

RN

René Nouailhat, docteur ès lettres, historien et pédagogue, a créé et dirigé l’Institut de formation pour l’étude et l’enseignement des religions. Il a enseigné au centre universitaire catholique de Dijon.

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