Luc BALBONT est journaliste et spécialiste du Moyen-Orient. On peut lire dans son blog : Nayla Tabbara, une féministe exégète du Coran. Il présente ici« L’ISLAM PENSÉ PAR UNE FEMME (*) » de Nayla TABBARA.  (Avec la collaboration de Marie Malzac – Ed. Bayard Culture – 224 pages – 16,90 €)

Je suis fasciné par la lecture du livre de Nayla Tabbara. Le chapitre premier surtout, « Dieu au-delà du genre », où l‘auteure se pose la question : Dieu pourrait-il être une femme ? Théologienne musulmane sunnite, Nayla Tabbara aime réinterpréter les versets du Coran à la lumière de la modernité. Elle explore les textes des sociologues, des historiennes, des exégètes et des féministes musulmanes. Des anciennes comme Oum Salama, l’une des épouses du prophète, qui regrettait « que le Coran ne parle qu’aux hommes » ou de l’irakienne du VIIIème siècle, Rabi’a al Adawiyya qui affirmait qu’elle n’avait besoin ni de la crainte de l’enfer ni de l’espérance du paradis pour aimer son Créateur.

 

Nayla Tabbara met aussi en évidence des figures de femmes de l’islam contemporain : la sociologue marocaine Fatima Mernissi, décédée en 2015, mais dont l‘œuvre inspire aujourd’hui toute une génération de jeunes universitaires, sa compatriote Asma Lamrabet médecin, essayiste, et présidente du Groupe international d’étude et de réflexion sur les femmes en Islam (GIERFI) , l’américaine Amina Wadud, première musulmane à conduire une prière mixte en mars 2005 aux Etats-Unis soulevant la colère des imams traditionnels, ou la pakistano-américaine Riffat Hassan…

 

Elle construit son argumentation à partir d’un texte de la chercheuse en islamologie d’origine syrienne Afra Jalabi, qui féminise Dieu dans l’un de ses articles en le nommant « la Miséricordieuse ». Nayla Tabbara, développe cette possibilité sur la raison coranique : puisque, selon le Livre sacré des musulmans « Dieu est au-delà de tout, écrit-elle, pourquoi vouloir Le réduire à une condition masculine, puisqu’Il n’a pas de genre défini ? »  Pour justifier son propos, elle cite le grand poète soufi égyptien du XIIème  siècle Ibn al-Farid, qui écrivait des odes d’amour au Divin en lui donnant des prénoms féminins, Salma ou Layla… « Quand elle s’en est allée toute paix m’a glissé entre les doigts.» dit l’un de ses poèmes.

 

En lisant les lignes de Nayla Tabbara, me reviennent les visages de ces femmes arabes ou persanes que je rencontre régulièrement dans les pays musulmans. A la douceur de leur propos, à leur ouverture d’esprit, à leur façon de sourire et d’accueillir. A toutes ces anonymes algériennes, marocaines, tunisiennes, libanaises, égyptienne, irakienne, syrienne, jordaniennes, qui ont reçu l’étranger que je suis avec tant de bonté et de délicatesse. Dieu serait donc femme !  Même si  l’idée fait bondir d’horreur les conservateurs, elle me convient tout à fait.

LB

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